Personne courant seule illustrant la difficulté à ralentir et l'agitation permanente

« Je n’arrive pas à me poser 30 minutes, c’est que j’ai un problème. »

On entend de plus en plus cette injonction : s’arrêter, faire une vraie pause, prendre du temps. C’est tellement nécessaire, nous dit-on. Tellement important pour la santé mentale, pour tenir dans la durée.

Mais voilà : plus on nous demande de nous arrêter, plus ça crée de tension. En plus de stresser face à la quantité de choses à faire, on culpabilise de ne pas réussir à se poser. Comme si c’était une faiblesse personnelle.

Et si les choses n’étaient pas si simples ?

D’où vient cette addiction à l’action ?

Beaucoup de personnes me parlent de leur difficulté à ralentir.

Je dois être honnête : je suis aussi un peu dans ce schéma-là. À travers ma vie, j’ai connu la course à l’action. Aujourd’hui, j’arrive à écouter (un peu…) mon corps quand il me demande de ralentir, à lâcher (un peu) la culpabilité de ne rien faire ou de ne pas être productive. Mais ça m’a pris du temps pour y arriver.

Je vois aussi ça régulièrement dans mes accompagnements. Je pense notamment à une cliente (mais j’en ai plusieurs dans ce cas) qui gère toutes les tâches domestiques, s’occupe de ses enfants (son conjoint « aide », mais c’est elle qui porte la charge mentale), va voir sa mère en maison de retraite trois fois par semaine, tout ça en plus d’un travail prenant avec beaucoup de réunions le soir. Objectivement ? Ça ne tient pas dans 1 semaine de 7 jours de 24 heures. Pourtant, elle essaie, et s’étonne de ne pas avoir de temps pour elle …

Notre société : l’injonction à faire

Depuis l’enfance, nous baignons dans une culture qui valorise l’action. À l’école, l’emploi du temps est serré : apprentissages, devoirs, activités structurées.

Au travail, on valorise l’efficacité, la rapidité, l’initiative. Et surtout, ceux qui vont moins vite, qui prennent du temps, qui refusent de surcharger leurs agendas, sont vite vus comme des « mous », des gens qui n’ont pas d’ambition. Le digital ajoute une couche : connexion permanente, mails qui arrivent le soir et le week-end, cette sensation qu’on ne peut jamais vraiment s’arrêter.

Et puis il y a l’injonction à se développer personnellement, à être entrepreneur de sa propre vie, à optimiser chaque moment. Chez soi, il faut être disponible pour les enfants, les parents, les amis.

Pas étonnant qu’au-dessus de tout ça flotte une culpabilité : et si j’arrêtais, est-ce que ce temps « perdu » ne me rattraperait pas plus tard ?

Quand l’action devient votre anxiolytique

Voici ce qui se passe souvent lorsqu’on reste en permanence dans l’action : le système nerveux fonctionne en mode accélération.

À chaque tâche accomplie, chaque problème résolu, chaque case cochée, le cerveau libère notamment de la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans les mécanismes de motivation et de récompense.

Cette sensation est agréable. Elle donne envie de recommencer.

À force, certaines personnes ont l’impression de ne plus savoir fonctionner autrement : l’action procure un soulagement immédiat, tandis que l’arrêt devient inconfortable.

Le problème, c’est que ce soulagement est souvent temporaire.

Pendant qu’on répond aux mails, qu’on aide les autres ou qu’on remplit son agenda, on n’est plus en contact avec ce qui nous inquiète, nous fatigue ou nous blesse. L’action devient alors une façon très efficace de ne pas ressentir certaines émotions.

Ce n’est pas forcément conscient. Et ce n’est pas un défaut. C’est même souvent une stratégie d’adaptation qui a permis de tenir pendant longtemps.

Mais à force de rester dans l’accélération, le système nerveux a de plus en plus de mal à retrouver le chemin du repos.

C’est pour cela que certaines personnes se sentent paradoxalement plus anxieuses lorsqu’elles essaient enfin de ralentir. Ce n’est pas le repos qui crée l’inconfort : c’est tout ce qui remonte lorsqu’on cesse de courir.

 

Le besoin invisible d’être aimé par nos actions

La mise en route de ce cercle vicieux remonte souvent à notre enfance.

Nombreuses sont les personnes qui ont grandi avec l’idée que leur valeur passait par ce qu’elles faisaient et non par ce qu’elles étaient : aider, réussir, prendre soin des autres, être utile.

Parfois, ce message a été transmis explicitement. Mais le plus souvent, il s’est construit de façon beaucoup plus subtile. Un enfant observe. Il voit qui est valorisé, qui porte les responsabilités, qui tient la famille à bout de bras. Il comprend aussi qu’il ne faut pas être un poids pour les autres, qu’il faut être fort, autonome, serviable.

Petit à petit, ces apprentissages deviennent des évidences. On ne les remet plus en question.

Alors, sans même s’en rendre compte, on continue à faire. À rendre service. À prendre en charge. À anticiper. À remplir son agenda.

Parce qu’au fond, ralentir peut réveiller une question inconfortable : si je ne fais plus tout ça, est-ce que j’ai encore de la valeur ?

Le besoin d’être aimé est vital. Donc « si faire = être aimé », alors on fait un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ! Mais rarement « pas du tout ».

Certains ont appris à exister en étant performants. D’autres en étant utiles. D’autres encore en prenant soin de tout le monde. Dans tous les cas, l’action devient bien plus qu’une habitude : elle devient une façon de se sentir vivant.

 

Ralentir : luxe ou nécessité ?

Ce qui se passe vraiment dans votre corps quand vous ne vous arrêtez jamais

Imaginez un système nerveux en permanence activé. La pression monte graduellement. Vous ne la sentez même pas, parce que vous vous êtes adapté·e. Mais elle est là.

Et puis, un jour — après des mois, des années parfois — le système bascule. Du mode accélération extrême, il glisse vers un arrêt complet : c’est le burn-out, reconnu par l’OMS depuis 2019 comme un problème de santé publique majeur. J’en parle dans cet article.

On peut imaginer que si la personne avait ralenti progressivement, elle aurait donné à son système nerveux la chance de rester en équilibre.

Pourquoi ralentir est si difficile (et pourtant nécessaire) ?

Pour la plupart d’entre nous, le simple fait de ne rien faire est inconfortable. C’est même mission impossible. Quand on pense « temps pour soi », ce qui vient spontanément, c’est lecture, travaux manuels, dessin, écouter de la musique, regarder une série .. Mais ça n’est pas ne rien faire.

Pour vraiment ne rien faire, j’ai choisi de passer chaque été 3 jours et 3 nuits seule en forêt, sans occupation. Rassurez-vous, je ne suis pas en train de vous conseiller trois jours seul.e en forêt. Il existe des façons beaucoup plus simples d’expérimenter le « rien faire » au quotidien.

Dans cet article, je raconte en détail cette expérience. Au début, c’est paisible. Juste être, observer, contempler. Mais très vite, ça devient difficile, avec des pensées qui ne s’arrêtent pas, les émotions enfouies qui remontent à la surface, et surtout : aucune échappatoire face à l’ennui.

Sauf que de cet ennui profond, quelque chose émerge. Les pensées sont comme filtrées pour laisser émerger l’essentiel. Des solutions inattendues arrivent. De nouvelles idées. On arrête de voir à très court terme, on prend de la hauteur sur sa vie, et on commence à rêver.

Selon les recherches en psychologie cognitive, l’ennui n’est pas improductif — c’est un état crucial pour la créativité et la résolution de problèmes.

Ralentir permet aussi au corps de se reposer vraiment, et de vous reconnecter à vous-même, pas à ce que vous devez faire.

Comment commencer : des pistes concrètes

Ne pas être trop ambitieux

C’est le piège courant : « À partir de lundi, je prends une demi-journée par semaine pour moi. » Puis mardi, il y a un copain à dépanner, mercredi une urgence familiale…

Souvent, on abandonne. Parce que dès qu’on a 30 minutes sans occupation, l’inconfort surgit. On finit même par être secrètement soulagé quand un coup de fil imprévu arrive : au moins, on a une bonne raison d’agir, de repousser cette pause à plus tard.

Voici où la sophrologie devient un outil précieux.
Parce que lorsqu’on a vécu pendant des années en mode accélération, s’arrêter brutalement est souvent impossible.
En séance, on ne cherche pas à « ne plus stresser ». On réapprend progressivement à ressentir son corps, identifier les premiers signes de surcharge, retrouver des espaces de récupération sans que cela devienne angoissant.
On commence petit. Parce que le système nerveux aime rarement les grandes révolutions.

C’est souvent ce que nous travaillons en accompagnement : réapprendre progressivement à écouter les signaux du corps avant qu’il soit obligé de crier.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ma manière d’accompagner, vous pouvez découvrir les accompagnements individuels ici.

 

Savoir ressentir et poser ses limites sans culpabiliser

J’ai remarqué que les personnes qui en font trop ont souvent du mal à poser leurs limites.

Il faut alors apprendre à oser dire non, à ne plus avoir peur de blesser « Je ne peux pas cette fois », « Ça me pèse trop, désolé.e », « J’ai déjà trop à faire pour moi ». Trouver des relais. Ralentir les engagements qui vous vident. Refuser les heures supplémentaires…

Ce que j’ai observé d’assez magique : quand on a commencé à écouter son corps — vraiment — ces réajustements se font naturellement.

Une phrase que j’entends souvent après quelques séances : « j’ai envie d’être égoïste ! ». En effet, l’égoïsme devient une vertu quand on a tendance à trop donner aux autres.

Quand ralentir signifie enfin se rencontrer

C’est souvent le plus difficile. Parce que beaucoup sont dans l’action pour ne pas se retrouver avec elles/eux-mêmes.

Quand elles ralentissent enfin, certaines personnes découvrent qu’elles sont tristes. D’autres réalisent qu’elles sont épuisées depuis longtemps. Certaines qu’elles ne savent plus ce qu’elles aiment.

Personne assise seule sur un banc illustrant le ralentissement et le retour à soi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le silence, des émotions enfouies peuvent remonter. D’anciens traumatismes, des questions existentielles. Et c’est justement pour ça qu’il peut être utile de se faire accompagner.

Non pas parce qu’il faudrait forcément « réparer » quelque chose, mais parce qu’il est souvent plus facile d’explorer ce qui remonte quand on n’est pas seul·e face à tout ça.
Mon travail consiste souvent à aider les personnes à traverser ces moments sans se sentir submergées, et à remettre progressivement du mouvement là où tout semblait bloqué.

Être bien avec soi, c’est se sentir mieux avec les autres. C’est aligner sa vie avec ses aspirations profondes. C’est s’épanouir vraiment.

 

Et après ?

Le message ici n’est pas « vous devez ralentir ». Je ne suis pas trop fan des injonctions.

C’est plutôt : si vous sentez que quelque chose ne va pas — de l’agitation, de l’inconfort, cette sensation d’être à côté de votre vie — il y a une raison. Votre corps essaie de vous parler.

Derrière cette incapacité à s’arrêter, il n’y a ni manque de volonté, ni manque de discipline, mais souvent une histoire qui mérite d’être écoutée.

Vous pouvez explorer ça seul, ou vous faire accompagner. Et parfois, être accompagné permet simplement d’arrêter de tourner seul autour du même problème depuis des années.

L’essentiel : commencer à écouter ce que votre corps essaie de vous raconter.