barrière dans la nature, évoquant un blocage émotionnel malgré un travail sur soi

Ça m’a tellement appris sur moi, cette thérapie. Je comprends d’où ça vient, je vois le schéma, je peux l’expliquer. Et pourtant, au fond de moi, ça n’a pas vraiment bougé.

C’est l’une des phrases que j’entends le plus souvent au cabinet. Des personnes qui ont déjà cheminé, parfois pendant des années, et qui arrivent avec ce sentiment étrange d’avoir compris sans avoir libéré. Qui cherchent quelque chose de plus complet : une approche qui ne s’arrête pas à la tête, mais qui descend aussi dans le corps.

D’où vient ce blocage ? Souvent de plusieurs endroits à la fois.

1. Pourquoi comprendre son trauma ne suffit pas à le libérer

Comprendre… et rester bloqué

La psychothérapie s’est démocratisée ces dernières années, et c’est très bien. Il y a encore quelques temps, on n’osait pas dire qu’on allait voir un psy, de peur de passer pour fou. Aujourd’hui, c’est presque une preuve de courage que d’oser s’engager dans une démarche d’introspection. On ose en parler, on ose dire « mon psy », c’est de plus en plus toléré, voire valorisé.

Souvent, les personnes y trouvent avant tout un espace d’écoute qui permet de libérer la parole, mais aussi de comprendre leur histoire. Les séances les aident à mettre en lumière, à donner du sens aux évènements marquants de leur vie.

Mais parfois, à force de rester dans la réflexion, le problème de base ne fait que se renforcer.

Oui, le fait d’avoir été l’aînée d’une fratrie avec des parents défaillants m’a obligée à prendre en charge mes frères et sœurs. J’ai compris que ça a généré chez moi un fort besoin de contrôle qui me pourrit la vie aujourd’hui. Oui, j’ai une grosse colère enfouie. Mais maintenant que j’ai analysé tout ça, j’en fais quoi ? ”

Et si le corps était la clé ?

Le psychiatre et chercheur Bessel van der Kolk a montré dans ses travaux que les mémoires traumatiques ne sont pas seulement cognitives. Elles s’inscrivent dans le système nerveux et dans le corps lui-même.

C’est ce qu’il développe dans Le corps n’oublie rien, devenu une référence mondiale sur le trauma. De plus en plus de spécialistes du trauma vont dans ce sens : nos mémoires émotionnelles sont logées dans notre corps.

repasser par le corps permet d'accueillir les sensations enfouies et de libérer les traumas

J’invite souvent mes client.es à exprimer leur mal-être psychique ou émotionnel en revenant au corps : « ça vous fait quoi, dans le corps ? ». Et là, on manque de mots, avec un vocabulaire bien limité. L’école ne nous a pas appris à exprimer nos ressentis. Et c’est bien dommage, car le corps est la clé.

C’est lui qui garde en mémoire notre histoire, c’est lui qui stocke ce qui n’a pas été digéré. Et c’est en repassant par lui que le corps et l’esprit peuvent ensemble se délester du poids du passé.

Des approches qui allient corps et esprit

Les approches psycho-corporelles permettent cette connexion. La sophrologie autorise le corps à être vu et ressenti avec plus de finesse. L’hypnose humaniste permet à la personne de ressentir dans son corps les transformations opérées sur un plan symbolique mais bien réel. Les mouvements oculaires de type EMDR* permettent de libérer les traumas en associant la visualisation, l’émotion et le ressenti physique.

* L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est aujourd’hui reconnu par l’Organisation mondiale de la santé comme traitement de référence du stress post-traumatique, ce qui en fait l’une des approches les mieux validées scientifiquement dans ce domaine.

D’autres techniques existent. Ne les pratiquant pas, je préfère ne pas en parler ici, mais n’hésitez pas à vous renseigner.

 

2. Les résistances inconscientes : quand une part de nous bloque le chemin

Des blessures anciennes

Nous avons tous traversé des moments difficiles dans l’enfance.

Que ce soit pour la perte d’un doudou ou pour de la maltraitance physique ou psychologique, la souffrance a pu avoir la même intensité. Nous avons alors mis en place des comportements pour survivre, pour ne pas souffrir. Certains ont oublié. D’autres ont banalisé. D’autres encore se sont sur-adaptés.

Plus tard, à l’âge adulte, en observant que ces comportements nous freinent, on souhaite s’en débarrasser et on va voir une thérapeute. On pense que la motivation va suffire à se libérer de ce qui nous encombre. Mais ça n’est pas si simple.

Des résistances qui nous protègent

Mais cette part qui nous a protégés dans l’enfance joue parfois encore son rôle comme lorsque nous étions petits. Défense d’entrer ! Malgré toute notre bonne volonté, impossible d’aller guérir cette blessure. C’est l’inconscient qui bloque le chemin.

L'inconscient bloque parfois le processus thérapeutique pour protéger et ne pas revivre les blessures

Il va falloir user de patience, prendre soin de ces résistances. Les accueillir, les rassurer, leur montrer que l’adulte d’aujourd’hui a la capacité de regarder ces blessures, sans retourner dans la même intensité que lorsqu’il était enfant. Ce processus prend parfois du temps. Nous sommes très inégaux face à ces stratégies inconscientes.

Petite confidence : plus on va loin dans le travail sur soi, plus les stratégies deviennent fines et difficiles à déceler, je suis bien placée pour le savoir ;-).

… Parfois difficiles à calmer

Il arrive aussi que j’entende dès la prise de contact : “ J’ai tout essayé, rien ne fonctionne, j’espère qu’avec vous ça va marcher. ” Mes warnings s’activent immédiatement. Pas parce que cette phrase me décourage – elle pourrait même me motiver en activant mon syndrome du sauveur « moi je vais y arriver » – , mais parce que sans s’en rendre compte, ces personnes se placent elles-mêmes en échec… et risquent de reproduire ce scénario avec chaque thérapeute : “je ne suis pas réparable”. C’est une résistance extrêmement puissante, et il est difficile d’en sortir. Ah l’inconscient est vraiment très fort.

 

3. Quand ça bloque malgré tout : et si c’était transgénérationnel ?

Et puis parfois, on a tout exploré. On a travaillé, cherché, mis des mots sur tout. Et on s’aperçoit que rien dans sa propre histoire n’explique vraiment ce qui coince. Mais quelque chose pèse — une sensation diffuse, comme si on portait un fardeau qui ne nous appartient pas tout à fait.

Quand le transgénérationnel entre en jeu

Les recherches en épigénétique — notamment les travaux de la chercheuse Rachel Yehuda sur les descendants de survivants de la Shoah — montrent que certains marqueurs biologiques liés au stress peuvent se transmettre d’une génération à l’autre. Ce champ de recherche est encore récent, mais il ouvre des pistes sérieuses pour comprendre pourquoi certains blocages semblent venir “d’ailleurs”.

Au-delà du biologique, il y a aussi la transmission inconsciente : les silences de nos parents ou grand-parents, les deuils non faits, les secrets de famille qui circulent sans être nommés.

les blessures transgénérationnelles impactent nos vies

En séances, j’ai vu des situations bloquées depuis des années se dénouer rapidement une fois qu’on est allé chercher de ce côté-là.

Je consacrerai un article entier à ce sujet passionnant. Mais si vous vous reconnaissez dans cette sensation de “porter quelque chose qui ne vous appartient pas”, c’est une piste à ne pas écarter.

 

Rien n’est jamais perdu

Parfois le chemin est long, tortueux. Parfois, il faut trouver le bon thérapeute au bon moment. Plusieurs fois, des personnes ont exprimé suite à un premier rendez-vous qu’elles ne se sentaient pas prêtes à engager le travail profond que nous allions mener. Puis elles sont revenues un ou deux ans plus tard en me disant : “Ça y est, c’est le bon moment pour moi.”

Parfois, le déclic a lieu en trois séances.

Parfois, la sophrologie et le retour au corps suffisent, il n’y a pas besoin de chercher plus loin.

Parfois, il faut creuser sous les apparences.

Souvent, ce chemin d’introspection est infini : la vie nous amène des événements qui questionnent et demandent de régler, tel un mécanisme d’horlogerie de grande précision, un point qui n’avait pas encore été regardé.

  • On a le droit de s’engager à fond sur ce chemin.
  • On a le droit de faire des pauses.
  • On a le droit de traverser la vie sans trop se prendre la tête aussi.

 

Tout est juste, à partir du moment où on le fait en conscience, et non par peur d’aller voir ce qui se cache sous le tapis. Car à force d’y dissimuler la poussière de notre histoire, le jour où la vie soulève le tapis sans prévenir, ça peut faire drôle.

 

Si vous vous reconnaissez dans ces mécanismes et que vous sentez que “comprendre” ne suffit plus, il est peut-être temps d’explorer une autre approche.

Je propose des accompagnements qui passent aussi par le corps, pour permettre une transformation plus profonde. Toutes les infos sont ici.